Améliorer la posture avec les « Stretchings Carotte »

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Si je vous dis « stretching carotte », vous pensez sûrement « assouplissement ». Si je vous disais qu’ils étaient plus que cela ? Alors pour qui sont ces exercices ? C’est quoi exactement ? Où, quand, comment, combien en faire ? Et surtout… Pourquoi ?

Vous en pratiquez déjà ? Ou peut-être vous demandez-vous quels sont réellement leurs effets sur nos chevaux et comment bien les faire ? Pour y voir plus clair, je vous propose un petit résumé des données scientifiques recueillies sur le sujet et du webinar auquel j’ai participé avec Gillian Tabor (Physiothérapeute Vétérinaire et Humaine anglaise) et le Dr David Marlin.

Pour qui?

Tous les chevaux peuvent bénéficier des exercices de stretching carotte, à tout âge et qu’importe leur discipline ! 

On peut les utiliser en :

  • Préhabilitation (« avant réhabilitation »): En favorisant le tonus musculaire et la stabilité du dos de nos chevaux. Il s’agit de prévention. Les exercices sont d’autant plus recommandés en cas de faiblesse posturale liée à la conformation ou à l’âge. La préhabilitation représente aussi un vrai atout chez les jeunes chevaux, en préparation du travail monté/attelé.

  • Réhabilitation : Après des épisodes de dorsalgies résolues (douleurs du dos), de convalescence au box, d’inactivité musculaire, de chirurgie de colique, de poulinage etc. Définissez et validez vos programmes de réhabilitation avec votre vétérinaire. Ne réalisez en aucun cas ces exercices si votre cheval présente une douleur (liée à des « kissing spines » dits « conflits de processus épineux », problèmes cervicaux, etc.).
Force et faiblesse posturale du dos. Source image de fond : « How your horse moves », Gillian Higgins

C’est quoi le « stretching carotte »?

Les stretching carotte font partie des Exercices de Mobilisations Dynamiques. 

Mobilisation = Sollicitation des jonctions et articulations dans leur amplitude de mouvement.

Dynamique = Sollicitation et activation directe des muscles pour mouvoir le corps. 

Pour résumer : grâce à la carotte, le cheval va suivre un schéma défini et contrôlé de mouvements qui permettent le recrutement des longs muscles moteurs (responsables du mouvement) ainsi que des muscles profonds stabilisateurs (responsables de la stabilité des jonctions).

Source : « How your horse moves », Gillian Higgins

Où les faire?

  • Réalisez les exercices sur des surfaces stables, non inclinées et non glissantes, pour assurer votre sécurité et celle de votre cheval.
  • Utilisez l’aide d’une paroi ou d’une personne extérieure pour éviter le déplacement des hanches du côté opposé.

Lorsque vous et votre cheval serez familiers avec les exercices, vous pourrez aller plus loin en rajoutant une surface instable. Comme des coussins de proprioception ou un tapis de gymnastique par exemple.

Séance Equideep avec Prouesse : Utilisation des coussins de proprioception Theraband®️

Quand les faire?

On entend souvent que ce genre d’exercice doit être fait « à chaud » et la plupart d’entre vous les réalise sûrement après votre séance de travail, ce qui est très bien !

Toutefois, l’étude du Dr Hilary Clayton a montré qu’il était excellent de faire ces exercices immédiatement avant la séance de travail du cheval, pour préactiver les muscles posturaux.

Comme moi lorsque j’ai lu l’article la première fois, vous allez sûrement bondir au plafond en disant « mais alors, c’est fait à froid ! ». Mais attention, il y a « froid » et « froid » ! 🙂

Avant que vous ne travailliez votre cheval, peut-être était-il déjà au paddock ou pré, ou est allé au marcheur avant d’être préparé… Vous l’aurez compris, leurs muscles auront déjà été sollicités par ces mouvements et ne seront donc pas totalement « froids ». Ce qui est à éviter, c’est de faire ces exercices en sortie de box. Notamment si votre cheval est en convalescence ou n’a pas eu l’opportunité de se mouvoir librement pendant plusieurs heures.

Pour résumer : 

  • Pas d’exercices de mobilisations dynamiques au saut du lit ! 🙂
  • Préactivez les muscles posturaux en les faisant immédiatement avant votre séance de travail.

Comment les faire?

Avant de commencer, munissez-vous d’une paire de gants, idéalement en cuir, pour protéger vos doigts. Ce sera moins douloureux si votre cheval confond votre phalange avec la carotte 🙂

Flexion intervertébrale (dos arrondi)

Source : Core Training and Rehabilitation in Horses (voir références en bas de page)

Bout du nez :

  • Au poitrail – Photo 1 : La nuque est hautement fléchie.
  • Entre les carpes (genoux) – Photo 2 : La nuque, la base de l’encolure et les vertèbres thoraciques s’arrondissent (flexion).
  • Entre les boulets (Mouvement avancé) – Photo 3 : La base de l’encolure et les vertèbres thoraciques s’arrondissent (flexion), la nuque est en extension (s’allonge).  Ne faites pas cet exercice si votre cheval présente une douleur au niveau des lombaires ou du pelvis, la flexion y étant potentiellement trop importante. 
  • Bonus – à mi-encolure : La nuque est fléchie à son maximum.

Astuces pour s’assurer de la qualité du mouvement

  • Les antérieurs doivent être suffisamment espacés pour permettre à la tête de passer entre les membres.
  • Utilisez 2 carottes plutôt qu’une ! La première carotte est au contact de la lèvre et sert à guider le mouvement. La seconde sera en position d’arrivée pour aider à maintenir la posture et récompenser.
  • Si votre cheval a une petite encolure, il est possible qu’il fléchisse au niveau des carpes pour les exercices des photos 2 et 3. Cela est ok, tant que l’encolure fléchit comme souhaité.
  • L’encolure doit rester droite pendant les exercices et ne pas se tordre à gauche ou à droite. Il est possible de favoriser la rectitude en se tenant à gauche et droite de l’encolure alternativement.

Flexion latérale

Source : Core Training and Rehabilitation in Horses (voir références en bas de page)

Bout du nez au :

  • Passage de sangle – Photo 1 : Se tenir contre l’encolure pour encourager le pli à mi-encolure et emmener le bout du nez à 1 m parallèlement au passage de sangle.
  • Flan – Photo 2 : Se tenir contre le thorax pour encourager le pli de la région thoraco-cervicale et emmener le bout du nez à 1 m parallèlement au flan.
  • Boulet postérieur (Mouvement avancé) – Photo 3 : La flexion de la région thoraco-cervicale est au maximum de son amplitude. Ne réalisez ce mouvement que lorsque les autres seront déjà acquis pour ne pas sur-solliciter votre cheval. 
  • Bonus – à la pointe de l’épaule : La nuque est pliée latéralement au maximum de son amplitude. 

Astuces pour s’assurer de la qualité du mouvement

  • Réalisez ces exercices en nombre égal à Gauche et à Droite en observant et tenant compte de l’asymétrie de mouvement. Les demandes sont à adapter pour ne jamais causer d’inconfort. 
  • Éviter la torsion de l’encolure et de la tête. Les oreilles doivent au maximum rester à la même hauteur. Ne pas hésiter à se servir de la main libre en la passant de l’autre côté de l’encolure pour aider à maintenir la posture et garder la tête la plus droite possible (voir photo 4).
  • Si vous constatez une extension du dos (dos qui se creuse) pendant ces exercices, cessez immédiatement la demande.

Extension d’encolure (long et bas pour la récupération)

Cet exercice est à réaliser après les exercices de flexion intervertébrales et latérales en récupération. Il faut emmener le bout du nez le plus loin possible vers l’avant et en position basse pour étirer les jonctions intervertébrales.

Astuces pour s’assurer de la qualité du mouvement

  • Faire l’exercice au-dessus d’une porte de box ou clôture basse pour empêcher le mouvement vers l’avant du cheval.

Combien en faire?

L’étude du Dr Clayton a montré que les muscles multifides stabilisateurs présentaient un développement signifatif lorsque que ces exercices étaient réalisés selon le protocole suivant :

  • 3 fois par semaine 
  • 5 répétitions de chaque exercice 
  • 3 à 5 secondes de maintien de la posture
  • Quelques secondes de repos entre chaque demande
  • Nombre égal de demandes à Gauche et à Droite
  • 6 semaines d’affilée d’exercice au moins.

L’étude a aussi montré que faire plus que ce protocole ne donne pas de meilleurs résultats 🙂 Inutile d’être plus gourmand!

Pourquoi les faire?

Vous l’aurez probablement compris, les Exercices de Mobilisations Dynamiques sont plus que de simples exercices d’assouplissement. 

D’ailleurs, l’effet démontré scientifiquement ne concerne pas la souplesse mais le rôle sur la posture, avec le développement des muscles stabilisateurs profonds ! Notamment des muscles multifides.

Les muscles multifides, vue dorsale. Source : « ABC of the horse », Pauli Grönberg

Les muscles profonds stabilisateurs sont plus petits que les muscles moteurs. Les muscles multifides ont un effet localisé sur les vertèbres et permettent de maintenir une stabilité des jonctions, évitant ainsi les micro-mouvements responsables à termes de problématiques de type arthrose. Ces muscles profonds, lorsqu’inactifs pendant un temps ne retrouvent pas une activité normale spontanément. Il est donc important de les re-stimuler via des exercices tels que le stretching carotte.

Les muscles multifides, vue latérale. Source : « ABC of the horse », Pauli Grönberg

A l’inverse, les muscles moteurs, responsables du mouvement (type spinalis et longissimus) agissent par effet de levier sur un grand nombre de vertèbres mais n’ont pas d’effet localisé.

Muscles longissimus, vue latérale. Source « ABC of the horse », Pauli Grönberg

Les études du Dr Clayton et de Gillian Tabor ont montré que les muscles multifides augmentent significativement de taille lorsque le protocole de stretching carotte est suivi (+11 à +12% par rapport au groupe témoin). 

Les exercices de développement des multifides sont utilisés depuis les années 1990 en réhabilitation humaine. Il a été démontré scientifiquement sur le modèle humain que le développement des multifides a un effet positif sur la stabilité de la colonne vertébrale, mais aussi sur la diminution des dorsalgies (douleurs dorsales). A ce sujet, les multifides s’atrophient (diminuent de taille) du côté douloureux. En augmentant leur taille et donc en diminuant l’asymétrie Gauche/ Droite, la douleur diminue consécutivement. On peut supposer que ce modèle est aussi vrai chez le cheval ! Mais ça, la science le prouvera sûrement un jour 😉

Pour conclure

J’espère que cet article vous aura montré que les stretching carottes sont bien plus qu’un simple travail de souplesse en vous expliquant leurs bénéfices sur les muscles posturaux de nos chevaux, à tout âge, pour toute discipline ! 

Évidemment, n’oubliez pas que chaque cheval est unique et aura ses propres limites et restrictions. Observez bien votre cheval pour repérer les éventuels signes d’inconforts (oreilles couchées, dos creusé, etc.) et cessez aussitôt la demande. Allez y graduellement et n’oubliez pas, le plus important ce n’est pas l’amplitude du mouvement, c’est la décontraction dans laquelle il sera réalisé ! 🙂

Références :

Core Training and Rehabilitation in Horses ; CLAYTON, Vet. Clin. Equine 32, 2016

Dynamic mobilisation exercises increase cross sectional area of musculus multifidus ; STUBBS, KAISER, HAUPTMAN and CLAYTON, Equine Veterinary Journal 43, 2011.

https://www.drdavidmarlin.com

Pour aller plus loin :
Astuces de réalisation des Stretchings Carotte, Gillian Higgins (en anglais)

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