Utilités des guêtres et bandes : entre mythe et réalité

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Vous êtes plutôt team bandes, guêtres ou rien du tout ? Pourquoi ? Démêlons aujourd’hui le vrai du faux autour des guêtres et bandes : à quoi servent-elles, sont-elles nécessaires ? Lesquelles utiliser et quand? Peuvent-elles faire plus de mal que de bien ?

Lorsque l’on parle de guêtres et bandes, deux buts sont majoritairement évoqués :

  • La protection (coupure, lacération, chocs et traumatismes mécaniques),
  • Le support (aux tendons, ligaments et articulations).

Certains d’entre vous en utilisent peut-être tout simplement pour l’esthétique – team matchy/ matchy aux couleurs coordonnées de la tête aux pieds!

Moi-même ancienne victime du Matchy-Matchy!

Je vous propose un résumé du webinar du Dr David Marlin et de la conférence du Dr Seth O’Neil (Horses Inside Out 2020) pour découvrir la science autour des « guêtres et bandes, leur rôle de support et protection » et ainsi démêler le mythe de la réalité!

Un peu d’anatomie

On distingue au niveau des membres :

  • Une partie proximale (proche du centre du corps : au-dessus du carpe, couramment appelé “genou” ou du tarse, également appelé jarret). Cette partie est majoritairement constituée de muscles.
  • Une partie distale (éloignée du centre du corps, en-dessous du carpe ou du tarse) constituée de tendons et de ligaments.
Source : Horse Anatomy for Performance, Gillian Higgins

La partie distale des membres est dépourvue de muscles. Cette adaptation anatomique permet d’alléger le membre et de permettre au cheval de se déplacer plus rapidement et de manière plus efficace. Toutefois, cette absence de muscles explique pourquoi les membres sont moins protégés des facteurs extérieurs tels que les coups et coupures. C’est pourquoi en contrepartie, des protections de membres telles que les guêtres et les bandes sont fréquemment employées.

Le rôle de Protection

Lorsque l’on parle de protection, il s’agit de prévenir de deux risques principaux :

  • Coupure, lacération : plaie visible depuis l’extérieur et pouvant être superficielle ou profonde,
  • Choc, traumatisme : pas forcément visible depuis l’extérieur mais pouvant être tout aussi critique (hématome, inflammation, déchirure, fracture etc.).

L’exposition à ces risques varie selon les disciplines mais aussi les individus. Ainsi il est important d’évaluer différents facteurs de manière individuelle pour savoir quel type de protection est nécessaire :

  • Discipline pratiquée,
  • Niveau de compétition et complexité technique associée,
  • Niveau de fatigue musculaire du cheval,
  • Conformation du cheval,
  • Nature et qualité du sol,
  • Historique de pathologies, 
  • Etc.

Exemples : discipline et niveau de protection nécessaire

En Complet :

  • 86% des blessures impliquent les membres.
    • 59% de celles-ci sont liées à des traumatismes (chutes, chocs avec obstacle, atteintes du membre antérieur par le postérieur etc.).

En polo :

  • 68% des blessures sont d’ordre musculo-squelettiques.
    • 31% résultent de coupures/ lacérations.
    • 21% sont liées aux tendons.
    • 19% sont liées aux ligaments.
    • 9% sont des fractures.
Souvenir de mon “5 day course” Masterson® en Mai 2019 au Druids Lodge Polo Club (Angleterre)

Le rôle de Support

La Réhabilitation Vétérinaire

  • Soutien post-chirurgical (bandages ou guêtres vétérinaires type horsepower)
Source : https://www.horsepowertech.com
  • Kinesio-taping (K-taping) : très développées à l’étranger, les bandes de taping sont de plus en plus visibles en usage équin sur notre territoire. Elles sont utilisées en réhabilitation humaine depuis les années 1970. Même si leur utilisation semble donner des résultats sur le terrain, il est important de souligner qu’aucune étude scientifique ne vient actuellement expliquer leur fonctionnement ni démontrer leur efficacité, que ce soit chez l’homme ou le cheval.
Source : voir Références. ”Kinesio Taping Fundamentals for the Equine Athlete”
  • La compression : Notamment en cas d’œdème. Une étude a montré qu’il était plus efficace d’utiliser de vraies bandes de compression plutôt que de simples bandes de polo. La pression exercée est en effet deux fois plus élevée avec des bandes de compression et est maintenue plus efficacement pendant 96h versus 24h pour des bandes de polo. 

Les protections utilisées dans le cadre de réhabilitation, notamment post-opératoire doivent être discutées et validées avec votre vétérinaire.

La Prévention

Il est fréquemment évoqué que l’utilisation de bandes ou de guêtres de support permet d’apporter un support aux tendons et ligaments des membres en réduisant l’amplitude de mouvement (extension) du boulet.

Le rôle mécanique des protections a été étudié in vitro sur des cadavres.

Il a été constaté :

  • L’absence de support par effet mécanique des bandes gamgee et des guêtres de support en neoprene sur l’amplitude du mouvement du boulet,
  • Une réduction significative de l’amplitude de mouvement du boulet pour les bandes de travail et guêtres protège tendon utilisés indépendamment à partir d’un angle de 245° (Extension du boulet),
  • Une réduction significative de l’amplitude de mouvement du boulet pour les bandes de travail associées à des guêtres de protection à partir d’un angle de 230° (Extension du boulet). Cette configuration est courante en polo.

Cette étude a permis de montrer que le rôle mécanique des guêtres et bandes est peu probant. Il est également important de noter que l’extension du boulet atteint rarement les 245° au travail. 

Une autre étude, in vivo réalisée au pas et au trot sur des cas de réhabilitation tendineuse a permis d’émettre l’hypothèse que le mécanisme d’action de support des protections était plutôt proprioceptif, agissant par stimulation nerveuse, d’où l’inexistence de cet effet sur les membres des cadavres. L’étude a montré que les protections permettait d’avoir une réduction de l’extension du boulet de 1° par rapport au mouvement sans protections et donc de limiter les contraintes exercées sur les tendons et ligaments. Cela peut s’avérer utile dans le cas de réhabilitation de desmites (lésions des ligaments) ou tendinopathies. Toutefois, les chercheurs évoquent l’incertitude sur les effets à long termes de la réduction de l’amplitude de mouvement (extension) du boulet, notamment sur l’alignement des fibres des tendons en convalescence.

Facteurs à prendre en compte pour un bon usage des protections

Si vous choisissez d’équiper votre cheval en protections par rapport à ses besoins individuels et à votre discipline, il faut tenir compte de facteurs physiques pouvant impacter son bien-être et sa performance.

Le poids des protections

Plus les protections seront lourdes, plus l’effet de levier exercé sur le membre sera important. Votre cheval devra donc dépenser plus d’énergie pour se mouvoir et sa biomécanique en sera impactée. Cela est d’autant plus vrai en cas de traversée d’eau ou de forte transpiration : l’eau ajoute un poids supplémentaire à la protection. L’effet de levier augmente proportionnellement. On retrouve ce même principe avec les fers standards plus lourds que des fers aluminium, eux même plus lourds que des fers composites. 

En conclusion, une augmentation du poids provoque à l’usage :

  • Une augmentation de la fatigue musculaire,
  • Une diminution de l’amplitude de mouvement,
  • Une diminution de la performance (barres heurtées, points perdus en dressage etc.).

Le serrage des protections

Une protection appliquée trop serrée diminuera la flexibilité des structures articulaires, tendineuses et ligamentaires. De ce fait, la concussion liée aux chocs avec les surfaces augmenteront dans les structures osseuses, dû au manque de dissipation de l’énergie normalement assurée par les tendons et ligaments, véritables « amortisseurs » et stabilisateurs des membres. Le Dr Seth O’Neil met d’ailleurs en garde sur le risque détérioration des tendons sous l’effet de la compression.

La chaleur

Lors de l’exercice, la température corporelle augmente, c’est aussi vrai au niveau des tendons des membres. Le souci pouvant se présenter, c’est que les protections peuvent isoler thermiquement et ainsi « bloquer » la dissipation de chaleur. Les membres restent exposés à des températures plus élevées plus longtemps. Les études ont montré qu’il était peu probable que la chaleur impacte directement les cellules tendineuses en provoquant leur mort. En revanche, des expositions répétées à la chaleur semblent compromette l’environnement des cellules tendineuses (plus précisément le métabolisme des composants matriciels extracellulaires), pouvant provoquer à long terme une dégénérescence des cellules tendineuses. 

Situation souhaitée à droite : la protection permet une bonne dissipation de la chaleur. A gauche, la protection isole, cela est non désiré.
Source : https://www.equilibriumproducts.com/wellbeing/boot-testing-methods/

Irritations et inconforts cutanés

Les protections peuvent provoquer des irritations et inconforts cutanées notamment à cause de :

  • Présence de sables ou autres matériaux abrasifs,
  • Taille mal adaptée,
  • Mauvais entretien de la protection (salle, humide, boueuse etc.)
  • Exposition prolongée à l’humidité de la peau.

Conclusion : comment bien choisir ses protections?

Vous l’aurez compris, les protections peuvent jouer un rôle crucial dans la protection des membres, notamment face aux risques de coupure, lacération, choc et traumatisme pouvant être à l’origine de frais vétérinaires, périodes de convalescence prolongée, fin de carrière précipitée voir parfois euthanasie. Malheureusement, il est impossible de juger de la qualité d’une protection par son apparence, sa marque, son prix ou le fait qu’elle sponsorise des cavaliers de haut niveau.  

Un peu comme à la façon du test EuroNCAP pour les voitures, il existe des tests de résistance réalisés en laboratoire pour déterminer le niveau de performance des protections face aux chocs (dissipation de l’énergie) et lacérations (protection face à la pénétration d’une lame). 

C’est grâce à ce genre de tests qu’il a été montré que les bandes offrent trois fois moins de protection face aux coupures et chocs que des guêtres fermées ou ouvertes.

Etre sûr de son achat

  • Déterminez le niveau de protection nécessaire selon votre discipline mais aussi selon les besoins individuels de votre cheval. 
  • Demandez les données techniques et résultats de tests à vos vendeurs!

C’est quoi une bonne protection?

Une “bonne protection” doit présenter les caractéristiques suivantes :

  1. Protection contre les chocs et traumatismes la plus élevée possible pour assurer une forte dissipation de l’énergie,
  2. Protection contre les coupures et lacérations la plus élevée possible pour prévenir de la pénétration d’un tranchant,
  3. Isolation thermique la plus faible possible pour assurer une forte dissipation de l’énergie thermique,
  4. Poids le plus léger possible pour diminuer l’effet de levier et impacter le moins possible la biomécanique du cheval.

Prévention et Support

Pour ce qui est de l’utilisation de protection à des fins de support par effet mécanique, vous aurez compris au travers de cet article qu’il s’agissait plus d’un mythe que d’une réalité scientifique. Cela est bien évidemment différent dans le cas de réhabilitation vétérinaire avec des protections adaptées et posées par des professionnels dans un but de maintien précis avec un suivi adapté.

Au quotidien, l’effet support des protections serait proprioceptif et non mécanique, en stimulant nerveusement les membres des chevaux, limitant ainsi l’extension du boulet de 1° par rapport à un boulet sans protection. Toutefois, l’usage quotidien de protections à ces fins est questionné par les chercheurs mettant en garde sur :

  • L’exposition prolongée à des températures plus élévées des tendons, 
  • Le risque de compression des tendons lors de l’exercice,
  • La diminution de l’extension du boulet sur la qualité même des fibres tendineuses sur le long terme et l’impact sur les articulations.

Pour limiter les dommages aux tendons, ligaments et articulations, la communauté scientifique préconise plutôt d’agir sur :

  • La qualité des sols, 
  • L’intensité et la fréquence d’entraînement en prenant en compte :
    • La conformation du cheval,
    • Ses pathologies passées,
    • La limitation des mouvements latéraux et du travail en cercle.

Références

The effect of exercise-induced localised hyperthemia on tendon cell survival, Journal of Experimental Biology 200 (pt 11): 1703-8, July 1997

Effect of a bandage or tendon boot on skin temperature of the metacarpus at rest and after exercise in horses, AJVR, Vol 75, No. 4, April 2014

Influence of support boots on fetlock joint angle of the forelimb of the horse at walk and trot, Equine Veterinary Journal 36 (8), 2004, 769-771

Measurement of distal limb sub-bandage pressure over 96 hours in horses, Equine Veterinary Journal, May 2017, 49 (3), 329-333

In vitro evaluation of non rigid support systems for the equine metacarpophalangeal joint, Equine Veterinary Journal, November 2002, 34 (7), 726-731

Kinesio Taping Fundamentals for the Equine Athlete, Vet Clin Equine 32, 2016, 103-113

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